🎭 Théâtre

Alain Delon est aussi un comédien de théâtre

Damien

20 mai 2019

Alain Delon reçoit une palme d'or d'honneur, Cannes 2019

Il y a quelques jours, Alain Delon recevait à Cannes une palme d’or d’honneur pour l’ensemble de sa carrière cinématographique mais saviez-vous qu’il a également interprété de nombreux rôles au Théâtre ?

Pour vous, Imparato est parti à la rechercher des archives pour mener l’enquête.

1- Dommage qu’elle soit une putain (1961)

Au théâtre de Paris (Elvire Popesco et Hubert de Malet), 1ère représentation le lundi 27 mars 1961

dommage qu'elle soit une putain affiche, avec Alain Delon et Romy Schneider
dommage qu'elle soit une putain ticket, avec Alain Delon et Romy Schneider

Déjà, une chose est sûre, en 1961 on ne pouvait pas écrire « Putain » sur une affiche 😊

Le texte

D’après l’oeuvre de John Ford (1586-1640, à ne pas confondre avec le réalisateur américain) Dommage qu’elle soit une putain raconte l’histoire d’un amour incestueux entre un frère et une soeur : Giovanni et Annabella. Ils s'aiment et consomment leur amour mais Annabella tombe enceinte. Elle est mariée à un autre pour cacher la vérité, mais Giovanni, continuant à entretenir une relation incestueuse avec sa sœur, ne supporte l'idée de la partager et sa jalousie le conduit au meurtre. Giovanni finit par poignarder Annabella. Il brandit le cœur de cette dernière au bout de l'arme en révélant la vérité à leur père qui meurt de stupeur et de chagrin. Enfin, Giovanni tue le mari de sa sœur. Giovanni sera condamné à l’exil.

Mettant en scène en 1961 Dommage qu'elle soit une putain, de l'auteur anglais élisabéthain John Ford, avec dans les rôles principaux Alain Delon et Romy Schneider, Luchino Visconti parle de la pièce et du théâtre élisabéthain et rappelle l'importance de l'inspiration italienne (très présente aussi chez Shakespeare) et les sources latines en citant Sénèque. Il parle de la nécessité de revenir aujourd'hui (1961) aux passions exacerbées.

Le contexte

En 1961, Romy Schneider et Alain Delon, sont les « fiancés de l’Europe » depuis 1959 et vivent une idylle hyper médiatisée.
dommage qu'elle soit une putain article, avec Alain Delon et Romy Schneider
C’est Alain Delon qui a présenté Romy Schneider à Luchino quelques mois plus tôt. C’est donc tout naturellement que le projet a pris corps avec les 2 comédiens. Cependant, ni Romy Schneider ni Alain Delon n’ont d’expérience au théâtre.

Leur peur est palpable dans cette interview.

Retranscription de l’interview :
Journaliste : Romy Schneider Alain Delon Je crois que c'est la première fois que vous allez faire du théâtre. Vous n'avez jamais en Allemagne fait de théâtre.

Romy : Non jamais.

Journaliste : Alors comment abordez vous cette épreuve pour vous.

Romy : J'ai très peur. Sans Visconti je n'oserais pas mais j'en ai envie.

Journaliste : Et vous Alain Delon Que pensez vous de votre rôle.

Delon : Je pense que c'était un rôle magnifique. Je suis ravi de le faire surtout sous la direction de Visconti.

Journaliste : Vous ne pouvez pas décrire votre rôle ?

Delon : Je ne veux pas encore parce que c'est trop tôt. C'est la première fois que je fais du théâtre j'attends cette occasion depuis bientôt cinq ans. Je suis très satisfait mais j'ai très très peur. Parce que le théâtre et le cinéma sont deux choses tout à fait différentes. Tout le monde le sait. En plus parce que je me suis rendu compte à quel point à quel point j'étais un débutant. Lorsque je me suis trouvé hier pour la première répétition avec des. Noms autour de moi tels que Valentine Tessier, Sylvia Monfort. Je me suis rendu compte.

Journaliste : Oui mais enfin vous avez je crois un bon moi même presque un mois et demi de répétitions.

Delon : J'espère ça suffira. Le trac qu'il soit là il sera là encore je l'espère.

Journaliste : Vous avez la chance d'avoir le plus Visconti comme metteur en scène.

Delon : Oui je dois dire aussi comme Romy que si je ne l'avais pas je n'aurais pas fait cette pièce parce que. Je crois que chacun derrière dans cette pièce prend de gros risques. Voyez Visconti parce qu'il l'a Romy et moi et nous parce que nous sommes des débutants.

Journaliste : Mais Visconti estime que c'est parce qu'il vous a trouvé Romy Schneider et vous même Alain Delon qu'il a pu monter cette pièce car depuis assez longtemps il cherchait à la monter mais il n'avait pas les interprètes. Moi qui est depuis cinq ans nous nous cherchions quoi. Eh bien vous vous êtes rencontrés et c'est l'essentiel merci à l'un de ces.

On peut noter ici l’humilité dont les 2 comédiens font preuve.
Romy Shneider remontera sur scène l’année d’après au théâtre de Baden-Baden pour jouer, en français, La Mouette de Tchekov.

La pièce fut, lit-on, un franc succès !

2- Les Yeux crevés (1968)

Au théâtre du Gymnase à Paris, 1ère représentation le samedi 6 avril 1968.
[Fiche détaillée de la pièce

Les yeux crevés avec Alain Delon, Marie Bell

Nous avons découvert que cette pièce devait initialement se jouer en novembre 1967 au théâtre Montparnasse, comme vous pouvez le voir sur l’affiche. C’est Card Jurgens qui devait initialement interpréter le personnage de Gottfried. Mais finalement la pièce ne sera jouée qu’en avril 1968 avec Jacques Daqcmine dans le rôle de Gottfried. Nous n’avons trouvé aucune explications sur ce changement.

Les événements de Mai 68 interrompront les représentations.

Le texte

Trois personnages : Barbara, milliardaire droguée, a épousé en quatrième noces Gottfried, ancien champion automobile dont la virilité s'est dégradée – lorsqu'il a abandonné la course – dans l'enfer des amours maudites. Et, entre Barbara et Gottfried, il y a un jeune Italien, Dino. Gottfried a décidé de «manipuler» Dino afin de l'amener à assassiner sa femme. Pour des raisons sourdes, mais aussi afin, par cette sorte de meurtre rituel, de lier à lui le jeune homme. Dino n'accomplira pas le meurtre et, au contraire, se laissera «posséder» sexuellement par Barbara. Dino n'a pas été digne de l'épreuve qui lui a été infligée, et Gottfried, impitoyable, l'envoie à la mort. 
Les Yeux crevés sont une tentative de mise à jour du mythe d'Œdipe en 1968. Dino, jeté à toutes les amours et à tous les meurtres, réels ou symboliques, marche vers son destin avec la lucidité d'un héros tragique aux yeux morts.

Voilà comment Delon en parle quelques semaines avant la première représentation :

Le contexte

Delon et Marie Bell

Alain Delon évoque ici aussi le thème de la pièce, mais il prend également le temps de parler de sa carrière de comédien de scène et de son envie de faire du classique. Encore une fois, on peut noter l’extrême humilité dont il fait preuve vis à vis du théâtre en général et vis à vis de sa partenaire Marie Bell. Sachez qu’à cette époque d’ailleurs, c’est Marie Bell qui est la directrice du théâtre du Gymnase. Elle le restera jusqu’à sa mort en 1985, date à laquelle le théâtre du Gymnase prendra le nom de Gymnase Marie Bell, en son honneur.

Voici ce qu’on trouve également dans une autre interview datant de 1969 :

Et le théâtre, pourquoi en avez-vous fait? Pour montrer que vous n'étiez pas seulement un "beau gosse" de cinéma?
Oui. Ça a été une expérience difficile. Surtout pour Les Yeux crevés. Je jouais avec Marie Bell. Et Marie Bell, ce n'est pas n'importe qui. J'ai dit banco tout de suite pour ce rôle. Justement parce que c'était elle. Comme au tennis: entre un joueur de sixième catégorie et un champion de France, il faut choisir son partenaire. J'ai joué avec elle. A quitte ou double. J'avais là le moyen de prouver que j'étais un comédien. Ou au contraire de me ridiculiser. Je ne crois pas avoir perdu.

Dans la vie privée d’Alain Delon, les années 68-69 seront principalement marquées par l’affaire Markovitch un proche d'Alain Delon dont le corps est retrouvé dans une décharge, on ignore toujours pourquoi il a été assassiné.

3 - Variations énigmatiques (1996 et 1998)

Variations énigmatiques, Delon Huster au théâtre de Paris, l'affiche

Variations énigmatiques, Delon Fraiss au théâtre de Paris, l'affiche

Au théâtre Marigny avec Francis Huster, 1ère représentation le mardi 24 septembre 1996. Mise en scène de Bernard Murat. Reprise au théâtre de Paris en 1998 avec Stephane Freiss.

Le texte

Un vieil écrivain célèbre vit en reclus sur une île de Norvège, tout près du cercle polaire. Acariâtre, il chasse les intrus à coups de fusil et a pour seules fréquentations une femme de ménage et des prostituées, amenées par le bac en même temps que ses provisions hebdomadaires. Un jour, il accepte de recevoir un journaliste qui désire l'interviewer sur son dernier livre à succès: un roman d'amour épistolaire.

Au fur et à mesure que j'écrivais la pièce, Alain Delon s'imposait à moi pour jouer l’écrivain, confie Schmitt. Le culot de son agent lui permettra de réaliser son rêve. Alain Delon vient de refuser un rôle dans Les Sorcières de Salem, d'Arthur Miller, que Roman Polanski veut mettre en scène à Mogador. Delon reçoit le texte des Variations énigmatiques un vendredi matin, lit trois fois la pièce dans la journée et appelle Schmitt à minuit: Je jouerai cette pièce, je suis le personnage, je veux le créer! s'emballe le comédien. S'il vous plaît, attendez-moi. 

Le contexte

Alain Delon dans sa loge du théâtre Marigny le soir de la générale de Variations Énigmatiques

Delon dans les loges du théâtre Marigny, le soir de la générale.

Nous n’avons trouvé aucun enregistrement, ni interview a propos de cette pièce. Un article de Libération nous donne un éclairage singulier sur la prestation de Delon (extraits) :
Du théâtre, l'acteur de cinéma n'a qu'une mince expérience. Il a joué en 1961 sous la direction de Visconti dans Dommage qu'elle soit une p... et en 1968 dans les Yeux crevés de Jean Cau dont les représentations furent interrompus par «les événements». Cheveux en bataille et lunettes en sautoir, l'ex-beauté supérieure de Rocco et ses frères (1960) endosse donc les habits d'Arnold Znorko, le vieux solitaire qui méprise le monde et l'amour. Face à lui, Francis Huster joue les jeunes hommes en vieux routier des planches. L'affrontement (sexe-symboles, monstres sacrés, choc des générations, etc.) n'a pas lieu. Après une esquisse de bras de fer psycho-philosophique, Schmitt en revient aux bonnes grosses ficelles coups de théâtre, bons mots et pleurs dans les chaumières ­ avec un zeste de culture psy (et si ces deux hommes amoureux de la même femme étaient en fait amoureux l'un de l’autre?). (…) Reste, malgré tout Delon. Au milieu d'une entreprise qui pue le coup monté, il est de toute évidence le seul à se livrer sans trop de calculs. Maladroit, avec ses raclements de gorge intempestifs, ses rires et ses sanglots forcés, son application de jeune homme qui débute, il est clair que lui, au moins, croit au théâtre. Cette ingénuité de Delon, qui n'exclut pas l'élégance ­ dans la beauté des mains par exemple ­ est bien le seul élément touchant d'une soirée frelatée.

Nous vous avons tout de même dégotté une interview qui date de 1996, l’année de la pièce. Elle est interessante car Delon y évoque la différence qu’il voit entre l’Acteur et le Comédien :

4 - Les Montagnes Russes (2004)

les montagnes russes astrid veillon alain delon

Au théâtre Marigny, 1ère représentation le mardi 9 novembre 2004

Le texte

Il est marié et père d'un adolescent. Sa femme et son fils sont partis en vacances pour la semaine. Lui n'a pas pris de vacances, il travaille. Il est resté cloué à Paris. Célibataire donc !
Elle, jolie brune souriante et esseulée, elle était ce soir-là dans ce bar, tout comme lui. Ils ont vite sympathisé et, assez vite, il lui a proposé de venir boire un dernier verre chez lui. Il n'a pas exactement son âge, mais disons qu'il a le physique avantageux des hommes qui grisonnent avec élégance. La soirée ne fait que commencer...

Le contexte

On dit que c’est Philippe Hersen, le producteur de la pièce, qui aurait fait lire le texte à Alain Delon. Celui-ci aurait accepté de la jouer à l’unique condition qu’il puisse donner la réplique à Astrid Veillon.

On trouve assez peu de critique de la pièce, cependant, une d’elles nous a interpellée. Il s’agit d’une critique trouvée dans un périodique suisse, écrite après que la pièce ait été jouée au Grand Casino de Genève pendant la tournée de 2005. Elle n’est pas complaisante (alors même que Delon est citoyen helvétique depuis 1995 ☺️) mais elle donne un éclairage interessant sur le jeu du comédien. À vous de juger :

Une chose est sûre: Alain Delon est un monstre sacré du cinéma mais il reste hélas, n'en déplaise à ses admirateurs, une toute petite «bête de scène». Il faut dire qu'en 45 ans de carrière la star n'a interprété que quatre pièces. En 1960, Delon montait ainsi pour la première fois sur les planches pour jouer, aux côtés de Romy Schneider, «Dommage qu'elle soit une putain» une pièce de l'Anglais John Ford, mise en scène à l'époque par Visconti. Huit ans après, on le retrouvait dans «Les yeux crevés» de Jean Cau. Et puis, silence théâtral jusqu'en 1996, date à laquelle l'acteur retrouve la scène, encouragé par le très en vogue auteur parisien Eric-Emmanuel Schmitt qui écrit pour lui «Variations énigmatiques». C'est à Paris que nous avions vu cette pièce. Delon y était alors très décevant. Depuis, rien n'a vraiment changé dans la qualité de son jeu, toujours alourdi par des gestes ou des mimiques qui s'apparentent à des tics. Comme cette façon qu'il avait dans «Variations» de relever constamment une mèche de cheveux. Gestuelle qui encombre aussi sa performance dans les «Montagnes».
Il faut dire que Delon, immense personnage, a besoin d'un metteur en scène tout aussi immense pour le guider dans son jeu. Or tout le monde n'est pas Visconti. Et la main d'Anne Bourgeois demeure inexistante dans ces «Montagnes russes» où, livré à lui-même, Delon fait du Delon. Dans ces conditions, on est en droit de se demander pourquoi, diable, cet acteur si brillant chez Visconti, Melville ou Clément, dont la réputation n'est plus à faire, tient-il tellement aux planches? Par caprice de star, serait-on tenté de répondre. Dépité et las du cinéma - comme il l'a répété à la presse ces dernières années- Delon veut toucher des yeux l'admiration que lui voue son public. Et pour cela, rien de tel que le théâtre. Mais alors à quel prix? Au prix de ces dangereuses «Montagnes», pièce boulevardière où les rebondissements ressemblent à des explosions de ridicule. D'autant que Delon y campe un rôle à contre-emploi.
Coup de théâtre, coup de massue?
Face au sexe opposé, l'acteur a toujours été un mâle triomphant. Or ici, il endosse le personnage d'un séducteur piégé par une jeune fille (Astrid Veillon) qu'il invite chez lui un soir de solitude. Pas convaincant du tout ce séducteur-là. Plutôt mièvre à en mourir. Notre homme n'est nullement préparé à affronter la vulgarité criarde de la jeune femme et encore moins ses révélations tonitruantes lorsqu'à la fin elle lui annonce qu'elle est sa fille. Cette paternité inattendue est ce qu'on appelle un coup de théâtre. Coup de théâtre accueilli sur scène à chaudes larmes par l'acteur. Et coup de massue pour nous qui n'apprécions guère les mélodrames à deux sous. swissinfo, Ghania Adamo

5 - Sur La Route de Madison (2007)

Au théâtre Marigny 1ère représentation le mardi 23 janvier 2007

sur la route de madison delon darc affiche

Le texte

Il s’agit d’une adaptation du roman de Robert James Waller par Didier Caron et Dominique Deschamps. Le roman avait déjà fait l’objet d’une adaptation pour le cinéma en par Clint Easwood avec Meryl Streep.
Francesca Johnson est une bonne mère de famille, une épouse accomplie. Elle a laissé loin derrière son Italie Natale pour suivre son mari. Elle est devenue Américaine. Sa vie, son horizon , son avenir c’est ce coin d’Amérique lové près de la Route de Madison. Mais elle s’ennuie un peu dans sa grande ferme. Lorsque Robert Kimcaid passe la porte de la ferme pour demander son chemin c’est une grande bouffée d’oxygène et d’aventure qui l’enveloppe. Kimcaid est un baroudeur qui traverse les Etats-Unis armé de ses appareils photo, traquant les lieux pittoresques pour le National Geographic. Pour Francesca, entendre parler d’autre chose que du prix du bétail et de concours agricoles la tire de sa léthargie domestique. Dans le Comté de Madison, il y a un vieux pont couvert, un rendez-vous pour les amoureux, où les cœurs se trouvent.

Le contexte

Mireille Darc et Alain Delon ont formé un couple de 1968 à 1983. Leur réunion sur scène sera traité par les médias comme un événement.

Voir Mireille Darc et Alain Delon est un événement. Ils dégagent tellement d’amour et de tendresse qu’ils iradient. Dans la scène du Drugstore où Francesca choisit la voie du devoir alors que Kimcaid venait la chercher, tout se passe par des regards, la scène est émouvante, et ils sont sublimes. Le public payant lui applaudit debout et en redemande.Marie-Laure Atinault Des problèmes de santé d’Alain Delon provoqueront la suspension de la pièce pendant une semaine, fin avril 2007.

6 Love Letters (2008)

Au Théâtre de la Madeleine, 1ère représentation le vendredi 7 novembre 2008.

love letters delon anouk aimé

Le texte

Phrases griffonnées sur des coins de cahier d’écolier, lettres d’amour d’adolescents, appels au secours d’adultes en proie au cours journalier des événements : Alexa et Thomas relisent les lettres qu’ils se sont écrites tout au long de leur vie. Ils nous révèlent ainsi leur intimité et la complexité de leurs sentiments. De l’enfance à l’âge mûr, un homme et une femme que tout sépare, s’écrivent, liés par quelque affinité secrète, qui est sans doute, sans qu’ils le sachent, l’amour.

Ecrite par Albert Ramsdell Gurney, cette histoire d’amour épistolaire traduite dans plus de trente langues, montée pour la première fois à New York en 1989, a été adaptée de l’américain par Anne Tognetti et Claude Baignères et mise en scène par Alain Delon, ou plutôt « mise en place » comme il aime à le dire lui-même.

Nous n’avons trouvé aucune vidéo interessante sur le spectacle, alors voici quelques secondes de saluts des comédiens 😆 :



Le contexte

Alain Delon serait presque trop charismatique pour ce personnage aux idées conventionnelles, mais il se glisse néanmoins dans sa peau, presque trop étroite pour lui, avec grâce. Quant à Anouk Aimée... elle a joué cette pièce pour la première fois en 1990, avec Bruno Crémer d’abord, puis avec Jean-Louis Trintignant, puis Jacques Weber, et enfin avec Philippe Noiret ; et cela se voit. Elle habite ce personnage, ne trébuche pas une seconde, tour à tour capricieuse, presque arrogante, lumineuse et sombre, lunatique et attachante, et finalement surtout blessée et bouleversante. On comprend aisément pourquoi Alain Delon a accepté de jouer ce texte (et je dis bien jouer et non lire) : pour Anouk Aimée (dont on se dit que, si elle aussi a tourné avec les plus grands parmi lesquels Carné, Lelouch évidemment, Demi, Fellini, Becker, Lumet, Cukor, elle a encore de beaux rôles devant elle) avec laquelle il n’avait jamais joué ou tourné, pour cette histoire poignante et universelle, pour les multiples émotions qu’elle suscite, nous faisant passer du rire aux larmes, jusqu’au dénouement qui à lui seul mérite le déplacement, secondes volées à la réalité et au parfum capiteux, cet instant si cinématographique où le guépard ressurgit, un guépard blessé, terriblement touchant et vrai (que n’a-t-il pas fallu vivre et jouer auparavant pour nous bouleverser à ce point, en quelques mots, pour sembler les vivre si intensément, la musique qui s’élève alors aussi sublime soit-elle est d’ailleurs superflue, le jeu et les mots pouvant en suggérer toute la cruelle, douloureuse, rageuse beauté), en un mot : magistral. Cette pièce, toute statique soit-elle a d’ailleurs un rythme et une progression dramatique très cinématographiques. J’ai eu l’impression d’être au cinéma, de voyager dans ces deux vies et ces deux âmes, à travers les Etats-Unis, et même plus loin. Un film beaucoup trop court. Sandra.M

Dans la presse, nous avons trouvé une mention d’un spectacle qu’Alain Delon devait jouer aux côtés de Line Renaud au théâtre de Paris en 2008: Le Bateau pour Lipaïa, d’Alexei Arbuzov. Mais a priori, cela ne se fera pas, en raison de « divergences » avec le théâtre, dont le directeur précise « les conditions demandées ne rendaient pas possible l'équilibre économique du projet, aussi enthousiasmant et intéressant soit-il »

7 Une journée ordinaire (2011)

Au Théâtre des Bouffes Parisiens, 1ère représentation le vendredi 21 janvier 2011

une journée ordinaire delon assous

La pièce

« Une journée ordinaire », c’est l’histoire d’une fille de vingt ans qui n’ose pas annoncer à son père avec qui elle vit seule qu’elle va le quitter pour vivre avec son amoureux mais « Une journée ordinaire » c’est surtout l’histoire d’un homme qui aime profondément, follement, sa fille, qui s’éclipse pour la laisser vivre sa vie. Un duo, presque un couple comme en témoigne la gémellité de leurs prénoms (qui n’est pas sans rappeler celle de ceux des interprètes).  Un homme fier, nostalgique, mélancolique, d’une malice parfois enfantine, d’une dureté fugace et finalement attendrissante. Un personnage qui se confond avec son interprète. Certains diront qu’Alain Delon devrait plutôt jouer de grands textes d’auteurs classiques mais quand on est soi-même un « personnage shakespearien » pour reprendre les termes de Pascal Jardin, quand on promène avec soi une telle mythologie, nul besoin de jouer Shakespeare pour toucher ou émouvoir. Sandra Mézière

La pièce fera l’objet d’une diffusion sur France2 en 2014, on trouve donc des images de la pièce de très bonne qualité :



En 2013/2014 la pièce partira en tournée dans toute la France.

une journée ordinaire, la tournée

Le contexte

Cette pièce se joue dans un contexte particulier car Delon père et fille sont ensemble sur scène.

Une salle debout à la fin de cette pièce trop courte qui se confondait étrangement avec la réalité quand Alain Delon, l’acteur, le père enlaçait sa fille et la poussait au devant de la scène pour qu’elle récolte les applaudissements. Amplement mérités.  Quel bonheur pour lui sans doute qui rêvait de jouer avec sa fille de voir son nom sur l’affiche, à côté du sien, tout en haut. Quel bonheur de voir qu’au milieu de la pièce c’était son apparition à elle qui était applaudie. A signaler également la présence d’Elisa Servier et Christophe de Choisy (très drôle en petit ami terrorisé): deux rôles trop courts mais dans lesquels l’un et l’autre excellent.Sandra Meziere