🎭 Théâtre

Printemps 2020, une saison triste pour le Théâtre Amateur

Damien

23 mai 2020

2020, une année triste pour les comédien.ne.s amateurs

Le noir se fait doucement dans la salle.
Les conversations des spectateurs s’éteignent doucement, les unes après les autres.
Il fait chaud dans les coulisses.
Je ressens mes camarades de troupe, autour de moi, silencieux dans le noir.
Quelques bruissements et chuchotements subsistent encore dans la salle.
La musique monte doucement.
Un spectateur tousse.
Je sens mon coeur cogner dans ma poitrine.
Encore quelques mesures et nous allons entrer en scène.
Ma concentration est totale, mon trac aussi.
La lumière monte lentement sur le plateau, dévoilant le décor.
Maurice est déjà sur scène, c’est lui qui prononce les premiers mots.
C’est lui qui donne le rythme de la soirée et la vibration est prometteuse.
Je suis synchronisé sur l’énergie de mon personnage.
Nous sommes un soir, au mois de juin.
Je suis comédien amateur.
Mon personnage et moi entrons dans la lumière.
Je sens la chaleur des projecteurs sur mon visage comme un pinceau doux qui me caresse.
La pièce a commencé.

Chaque année, depuis des décennies, partout en France, des centaines de milliers de comédiennes et comédiens amateurs vivent ces moments intenses, le plus souvent à la même époque de l’année, en mai ou en juin.
Chaque année le rituel se répète.
Chaque année, mais pas cette année.
En 2020 la plupart des spectacles de théâtre amateur vont être annulés.
Est-ce déjà arrivé ? Je l’ignore … pendant la guerre peut-être … et encore, j’ai un doute.

Alors si les amateurs ne montent pas sur scène cette année, c’est bien évidemment pour la bonne cause, cela va sans dire, #Covid19.

Mais quand bien même … Si les Amateurs ne montent pas sur scène cette année, est-ce vraiment problématique ? Après tout, les Amateurs ne sont pas payés pour jouer, alors, qu’ils jouent ou pas, le bilan financier sera le même pour eux, non ? À coté des pertes abyssales engendrées par la fermeture des théâtres, l’annulation des festivals, les tournées interrompues et tous ces projets qui se sont arrêtés nets. Comparés aux intermittents dont les cachets se sont taris et dont le statut, absolument nécessaire pour vivre, est en ballottage dans cette crise sanitaire. Comparativement à tout ça, les Amateurs s’en sortent finalement pas si mal…non ?

On le sait bien, l’argent n’est pas le moteur du comédien amateur. Ce n’est pas non plus (fort heureusement) le seul moteur chez les professionnels d’ailleurs, et là n’est pas mon propos.

Mais il y a quelque chose de l’ordre du vital qui est en jeu chez le comédien amateur. Car si nous ne jouons pas pour vivre, nous mettons tellement de vie dans notre jeu ! Et c’est cette vie qui va nous manquer cette année, toute cette vie qui foisonne autour de nos projets.

La vie au sein de notre troupe. Le choix du texte, la distribution des rôles, les premières répétitions.
La vie avec cette pièce qui nous accompagne pendant des mois, nos personnages et notre téléphone avec le texte dessus (ou le texte papier), que l’on transporte partout, tout le temps.
La vie autour de nos représentations, les costumes, les accessoires, les réservations …
La vie le jour de la première. Un jour fou où le coeur s’emballe dès qu’il pense au spectacle du soir.
La vie dans les coulisses, avant, pendant et après la représentation. Cette libération qui explose un fois le rideau tombé et le sommeil qu’on va avoir du mal à trouver.

C’est toute cette vie qui nous file entre les doigts cette année !

Mais les comédiennes et les comédiens ne sont pas les seuls à qui cette saison de jeu va cruellement manquer : Il y a aussi les auteurs dont les mots ne seront pas dits. Les metteurs en scène (qui sont souvent des professionnels) dont le talent n’aura pas pu s’exprimer. Les théâtres (souvent petits et souvent privés) et toutes les salles de spectacles dont les portes vont rester closes. Les associations qui vont souffrir des recettes amputées et enfin, les spectateurs qui n’auront pas pu célébrer avec nous cette grande Joie du Théâtre Amateur cette année.

Voilà. C’était mon ressenti de comédien amateur en cette fin Mai 2020.

Rien de plus futile, de plus faux, de plus vain, de plus nécessaire que le théâtre. Louis Jouvet